Teresa Colombi est cofondatrice de la société Ludo Tic, spécialisée en ergonomie cognitive. Elle fait le point, lors de cet entretien, sur les notions d'utilisabilité, d'interface Homme-Machine, d'acceptabilité et d'utilité, des concepts aujourd'hui largement utilisés par les moteurs de recherche majeurs...

Teresa Colombi dirige la société Ludo TIC (http://www.ludo-tic.com/), qu'elle a fondée avec Maeva Strahm et Aurore Russo. Les trois associées sont spécialistes d'ergonomie cognitive. Titulaire d'un doctorat en psychologie cognitive, Teresa Colombi est également spécialiste de psychologie du travail et des organisations. Toutes trois issues du laboratoire de Psychologie Expérimentale et Quantitative de l'université de Nice Sophia Antipolis, où elles se sont rencontrées, les trois jeunes femmes ont commencé leur carrière en travaillant sur l'ergonomie des plates-formes de e-Learning. Aujourd'hui LudoTIC déploie ses compétences et savoir-faire autour de l'ergonomie des Interfaces Homme Machine (IHM). Par ce terme, il faut entendre toutes les interfaces utilisées par des humains, qu'il s'agisse de moteurs de recherche, de systèmes embarqués, de logiciels ou encore de téléphones portables.

Basée en région PACA, l'entreprise a été créée en octobre 2004 à la suite du challenge Jeunes Pousses, dont les trois fondatrices ont été lauréates. Elles font partie des rares spécialistes d'ergonomie cognitive en France. LudoTIC propose une activité de conseil, de formation et de R&D dans le domaine des IHM et de l'ergonomie cognitive. Teresa Colombi répond à nos questions concernant l'utilisabilité des interfaces et l'utilisation de techniques d'oculométrie à des fins d'évaluation de l'ergonomie.

Quelles technologies utilisez-vous pour diagnostiquer les éventuels problèmes d'utilisabilité d'une IHM ?

Pour établir le diagnostic d'une Interface Homme Machine, nous avons recours à l'oculométrie. Un oculomètre est un appareil qui ressemble à un écran d'ordinateur banal. Il s'agit pourtant d'un appareil de haute technologie et qui intègre des émetteurs de rayons infrarouges et des caméras, ce qui permet d'enregistrer le reflet des deux yeux de l'utilisateur afin de pouvoir reconstruire le parcours du regard sur l'interface.

Exemple d'oculomètre (source : CNRS)

Ceci permet d'identifier les processus cognitifs que l'utilisateur a mis en œuvre à chaque instant, au cours de l'exploration visuelle. Le fait que les yeux se déplacent témoigne de l'attention de l'utilisateur et de la façon dont celle-ci se déplace. Lorsqu'un utilisateur revient plusieurs fois sur un élément, cela peut signifier que celui-ci pose un problème de compréhension. Quand par exemple le regard se fixe sur un mot ou un item linguistique et y revient fréquemment, on peut facilement en déduire que l'interface pose un problème de compréhension lexicale. Cela veut alors dire qu'une commande ou mot pose un problème dans son contexte. Une bonne connaissance de la psychologie cognitive et l'ergonomie cognitive, alliée à une telle analyse permet de détecter les problèmes que peut poser une IHM. On dispose alors, grâce à l'oculomètre, d'indices intéressants pour améliorer l'agencement des éléments entre eux. On pourra ensuite notamment modifier les couleurs, le contenu, les icônes de l'interface, etc. Cela est valable pour toutes sortes d'IHM et notamment pour les interfaces de recherche d'information.

Mais le domaine d'intervention de ces technologies est très large et concerne aussi bien des IHM de sites web, que de jeux vidéo, de téléphones portables ou bien des systèmes de recherche d'information ou encore des systèmes embarqués, tout simplement parce qu'une démarche d'utilisabilité est guidée par les usages et la façon dont l'humain, au travers de ses processus cognitifs, appréhende l'interface.

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